Nous sommes le 12 août 2007, et nous sommes partis depuis presque une semaine pour un périple de 3 semaines en kayak dans les fjords de la Croix et du Roi, au Spitzberg. Nous venons de terminer notre tour de garde de 4h à 6h du matin (pour éviter de se faire surprendre par un ours justement !), rien à signaler. A 6h, on réveille les suivants, et au dodo !
Peu de temps après, mes rêves parlent d’une histoire d’ours… il y aurait un ours… comment ça un ours ?! Cet ours là est bien réel en fait : il est en face, sur une petite île, mais située à 400 m de nous, donc pas de danger… sauf qu’il se met à l’eau et se dirige droit vers nous ! Nous l’observons, le plaisir d’avoir cette chance se mêle à une certaine appréhension : que va-t-il se passer ? Pour notre défense en cas d’attaque, nous avons juste une carabine gros calibre qui semble quelque peu capricieuse (sans parler du fait que personne n’a envie de tirer…), et quelques fusées de détresse qui feraient bien rigoler l’ours. Il poursuit sa nage vers nous, et ça rigole déjà moins dans le groupe.
Il sort de l’eau à environ 150 m de nous, se rapproche à environ 100 m, et ne montre aucun signe d’agressivité. Je me rappellerai toujours de cette sortie du roi de l’Arctique sur notre rive : impressionnant, sûr de lui, puissant, c’est lui le patron ici ! Il semble nous ignorer, mais il passe derrière une butte et disparaît. Légère angoisse, bien que la butte contourne le camp à une petite centaine de mètres, ce qui évite de se faire surprendre, mais laisse peu de marge, car un ours blanc ça court très vite ! Et non, le voilà dans l’eau, qui nage vers une autre rive : il avale les 2 km en un rien de temps, et nage dans les glaces, dans lesquelles où nous finissons par le perdre de vue. Enfin, il s’est éloigné, alors tout va bien… mais il est bien plus malin que nous !
Nous finissons de petit-déjeuner, et préparons les kayaks pour aller faire un tour pour la journée (mais pour une fois, nos tentes restent montées). Nous entendons alors des détonations. D’où viennent-elles ? Malgré la proximité d’un énorme glacier, ce n’est pas lui, non… Nous avons quelques problèmes avec notre kayak, il faut des cales en bois. Nous remontons en chercher plusieurs fois derrière le camp, près de la butte contournée par l’ours 2h plus tôt. Nous embarquons, et peu de temps après, on voit arriver un zodiac vers nous. La situation est vite éclaircie : les détonations venaient d’un bateau de gardes qui voulaient nous prévenir que l’ours était à deux pas de notre camp : il était revenu, et était de nouveau derrière la fameuse butte ! Quelles étaient ses intentions, nous ne le saurons pas, mais il nous a joué un sacré tour, apparemment classique pour lui puisque c’est une de ses techniques de chasse : se montrer, disparaître, et revenir par surprise. On nous apprend que c’est un jeune, de 3-4 ans, vif et ayant probablement faim : charmant ! Nous ne le reverrons pas, nous retrouverons le camp intact en fin de journée, mais nous ne serons plus tout à fait pareil.
Nous avons vécu un instant magique, par sa rareté et sa beauté, mais qui remet également l’homme à sa place dans la nature. Je ne peux également m’empêcher de penser, avec tristesse, que les ours blancs sont menacés par la bêtise de certains hommes, qui se croient supérieurs et en dehors des cycles de la nature…
Pour terminer, voici une petite photo de cette rencontre. Elle n’est pas très bonne, elle a été prise lorsque l’ours était encore loin : étonnamment, lorsqu’il était proche, nous avions autre chose en tête que de prendre des photos
!



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